Une terrasse en bois vieillit par sa ventilation basse

Avatar de Ghislain Peuvrier

·

4 min de lecture

Une terrasse en bois qui noircit, qui gondole ou dont les lames pourrissent par-dessous n’a souvent rien à voir avec la qualité du bois choisi : le problème vient presque toujours de ce qui se passe sous les lames, là où l’air ne circule pas.

L’humidité qui stagne dessous fait plus de dégâts que la pluie dessus

Une lame de bois extérieur est conçue pour supporter la pluie et le soleil en surface, des expositions pour lesquelles les essences utilisées en extérieur sont choisies. Ce qu’elle supporte beaucoup moins bien, c’est une humidité stagnante en sous-face, sans possibilité de sécher entre deux pluies, parce que l’eau qui s’infiltre par capillarité ou par condensation n’a alors nulle part où s’évacuer.

Les lambourdes doivent laisser circuler l’air, pas seulement porter le poids

Les lambourdes, ces poutres qui soutiennent les lames, ne sont pas de simples supports mécaniques : leur espacement et leur surélévation par rapport au sol déterminent si l’air peut circuler librement dessous. Une terrasse posée à même une dalle sans lambourdes surélevées, ou avec des lambourdes trop rapprochées du sol, emprisonne l’humidité et accélère le pourrissement, même avec un bois traité ou naturellement résistant.

Le drainage du sol sous la terrasse change tout

Une terrasse construite au-dessus d’une terre qui retient l’eau, sans pente d’écoulement ni couche drainante, garde une humidité ambiante permanente sous les lames, quelle que soit la qualité de la ventilation latérale. Une simple pente légère du terrain, associée à un lit de gravier drainant sous la structure, réduit considérablement cette humidité stagnante et prolonge la durée de vie de l’ensemble bien plus qu’un traitement de surface répété chaque année.

L’essence du bois influence la tolérance à l’humidité, pas seulement sa couleur

Toutes les essences ne réagissent pas de la même façon à une ventilation basse insuffisante : un bois exotique naturellement dense et riche en huiles résiste plus longtemps à une humidité stagnante qu’un bois résineux traité, dont la protection de surface s’use avec le temps et laisse alors l’humidité pénétrer plus facilement par en dessous. Cette différence ne dispense cependant jamais de soigner la ventilation basse : même l’essence la plus résistante finit par souffrir d’une terrasse posée sans circulation d’air, seulement plus lentement qu’un bois moins armé pour cet usage.

Un nettoyage régulier de l’espace entre les lames aide la ventilation

Les feuilles mortes, la terre et les débris qui s’accumulent entre les lames d’une terrasse bouchent peu à peu les espaces de joint prévus pour laisser l’eau et l’air circuler librement. Un nettoyage régulier de ces interstices, à la brosse ou au jet d’eau léger, rétablit cette circulation et évite qu’une terrasse par ailleurs bien conçue ne finisse par souffrir d’une humidité stagnante localisée, simplement parce que les joints prévus à cet effet se sont progressivement colmatés au fil des saisons.

Le grisaillement est normal, la pourriture ne l’est pas

Un bois extérieur qui grisaille progressivement sous l’effet du soleil et de la pluie ne perd pas sa résistance mécanique : c’est un vieillissement de surface, esthétique, qui n’affecte pas la solidité de la lame. Une lame qui devient spongieuse, qui noircit en profondeur ou dont la sous-face s’effrite au toucher signale en revanche un vrai problème d’humidité stagnante, généralement lié à une ventilation basse insuffisante plutôt qu’à un défaut du bois lui-même. Les recommandations de pose des terrasses bois, proches de l’esprit des normes NF DTU relatives aux ouvrages en bois, insistent d’ailleurs sur cette circulation d’air sous la structure comme condition de durabilité.

Cette attention à ce qui ne se voit pas, plutôt qu’à ce qui s’admire en surface, rejoint ce qu’on développe dans notre rubrique Arts & Artisanat à propos de l’entretien des outils : la durabilité se construit toujours dans les détails invisibles, jamais dans le seul aspect final. Une terrasse conçue avec cette attention se contrôle d’ailleurs une fois par an, en soulevant une lame amovible si la conception le permet, pour vérifier que rien ne s’est colmaté sous la structure depuis la dernière saison.


Avatar de Ghislain Peuvrier

À lire aussi